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TOUBA TRANKIL : Le cri de détresse d'un village sénégalais qui « s'exile » en Gambie pour survivre

DÉPARTEMENT DE BIGNONA — Derrière la ferveur religieuse du 14ème Gamou annuel, se cache une réalité brutale. À Touba Trankil, commune de Kataba 2, l'État sénégalais semble s'être arrêté bien avant la frontière. Entre enclavement total, écoles en ruines et système de santé à l'agonie, le village se meurt dans l'indifférence.


Par [AMADY KHALILOU DIEME le 1er Janvier 2026

Ce jeudi, Touba Trankil a vibré. Mais ce n'était pas seulement le son des chants religieux. C'était le cri de colère de toute une population, porté par M. Kalarou Kamara, président de l'Union pour le Développement Intégré de Touba (UDIT). Le constat est sans appel : dans cette zone du Naran, être citoyen sénégalais est devenu un « parcours du combattant ».

Une souveraineté menacée par le manque d'infrastructures
Le symptôme le plus alarmant de cet abandon est sans doute la fuite des cerveaux... dès l'école primaire. Faute de salles de classe décentes et de clôtures de sécurité au Sénégal, les parents préfèrent envoyer leurs enfants étudier de l'autre côté de la frontière. « La Gambie a construit des écoles de dernière génération juste à côté. Cela attire nos élèves. Ici, ils étudient dans des abris provisoires ou des salles surchargées », dénonce Kalarou Kamara. Un échec cuisant pour le système éducatif national : le Sénégal perd ses enfants parce qu'il ne leur offre qu'un bâtiment datant de 1992 pour horizon.

L'Hôpital de la honte : Des vaches au chevet des malades
La situation sanitaire n'est guère plus brillante. Le poste de santé, dépourvu de clôture, est devenu un hall de passage pour le bétail. « Les vaches entrent et sortent, les véhicules passent juste à côté des malades », s'insurge le président de l'UDIT. Plus grave encore, le personnel soignant — infirmiers et sages-femmes — n'ayant pas de logement dédié, est contraint d'occuper les salles initialement réservées aux patients. Résultat : une promiscuité révoltante et une prise en charge indigne.

Un village "hors-ligne" et sans eau
À Touba Trankil, le réseau téléphonique sénégalais est un luxe inexistant. Ce sont les ondes gambiennes qui dictent leur loi sur les téléphones mobiles. Pour boire, les écoliers doivent traverser une route dangereuse en pleine récréation car l'établissement n'a pas de point d'eau. Quant à l'électricité, elle reste un mirage pour la majeure partie des quartiers.

L'appel au secours vers Dakar
Face à ce tableau noir, les populations ont dressé une liste d'urgences qui ne peuvent plus attendre : Désenclavement immédiat : La route Diouloulou-Touba est impraticable, surtout en hivernage ;  Éducation et Santé : Construction de salles de classe, de logements pour le personnel et clôtures de sécurité et Services de base : Accès à l'eau potable, extension du réseau électrique et couverture téléphonique nationale. « On ne peut pas tout énumérer, tant les besoins sont énormes », conclut M. Kamara. À Touba Trankil, le sentiment d'être des citoyens de seconde zone est palpable. L'heure n'est plus aux promesses de campagne, mais à l'injection d'investissements réels pour retenir ces « gosses du Sénégal » qui, chaque matin, regardent vers la Gambie pour espérer un avenir meilleur.
Vendredi 2 Janvier 2026
Amady Khalilou Diémé