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Sénégal : Le Cri de Ziguinchor pour une Justice « Jurisprudence » et Non à la Candidature de Macky Sall

ZIGUINCHOR – L’émotion a laissé place ce dimanche à une exigence froide et inflexible. Les rues de la capitale casamançaise ont en effet vibré au rythme d’une marche de protestation historique. Le message adressé au nouveau pouvoir de Bassirou Diomaye Faye et à la communauté internationale est sans équivoque : il n’y aura pas de réconciliation nationale sans le passage inévitable par la case tribunal.


« Plus de 60 morts, 2 000 détenus : Le bilan du sang »
C'est un réquisitoire implacable qu'a dressé Madia Diop Sané, coordonnateur de Vision Citoyenne. Entouré des "femmes du bois sacré" et des collectifs de victimes, il a rappelé la plaie béante qui balaie le Sénégal de 2021 à 2024.
« Nous ne sommes pas là pour un événement heureux. Nous sommes là pour rappeler à la face du monde ce que les Sénégalais ont subi », a-t-il martelé, citant le chiffre glaçant de plus de 65 morts et de 2 000 détenus politiques.

Pour les manifestants, le temps de la justice ne peut plus être ce "temps long" utilisé par les politiques pour noyer les dossiers. L'argument de l'apaisement par l'amnistie est ici perçu comme une insulte. « L'amnistie ne saurait effacer des crimes », a rappelé Moussa Sané, représentant des victimes.

Macky Sall dans le collimateur : « Pas l'ONU, mais la prison »
Le ton est monté d'un cran lorsque l'avenir de l'ancien président Macky Sall a été évoqué. Alors que des rumeurs ou des projets le placeraient à la tête d'institutions internationales, la société civile ziguinchoroise pose son veto.
  • Un refus catégorique : Les orateurs ont qualifié d'inadmissible l'idée que Macky Sall puisse siéger aux Nations Unies.
  • L'exigence de reddition de comptes : « Il ne mérite pas d'être à la tête des Nations Unies, il ne mérite même pas l'exil. Il mérite la prison », a lancé Madia Diop Sané avec une virulence rare, désignant l'ancien chef de l'État comme l'instigateur principal de "l'hécatombe".
L'avertissement au Président Diomaye Faye
Si le nouveau régime prône la réconciliation, la base, elle, exige des actes. Souleymane Barry, du mouvement Magui Pastef, a introduit un concept fort : la justice pour jurisprudence. L'idée est simple : punir pour que plus jamais un dirigeant ne soit tenté d'utiliser la force létale contre sa population.
Elisabeth Edwige Diédhiou, présidente du groupe Amnesty International, a réaffirmé le soutien indéfectible de l'organisation aux familles des victimes de mars 2021. Pour elle, cette marche n'est qu'un début.
 

Ce qu'il faut retenir de la mobilisation :
Revendication Cible Objectif
Justice pénale Magistrats & Juges Sortir de l'omerta et juger les coupables des tueries.
Blocage diplomatique ONU Empêcher toute nomination de Macky Sall à l'international.
Vérité historique État Sénégalais Établir les responsabilités pour les 65 "martyrs".


Le message envoyé depuis Ziguinchor est un véritable test pour le président Bassirou Diomaye Faye. Entre la nécessité de stabiliser le pays et l'exigence de justice de ceux qui l'ont porté au pouvoir, la marge de manœuvre est étroite. Mais pour les marcheurs du sud, le choix est déjà fait : « Pas de paix sans justice. »
Dimanche 12 Avril 2026
Amady Khalilou Diémé