Une Assemblée générale de la discorde
Au cœur du conflit figure la tenue d'une Assemblée générale contestée. Selon Ibrahima El Ali, la direction sortante, appuyée par le secrétaire général de l'association, aurait tenté d'imposer une réunion à Dakar en plein mois de Ramadan, à 9 heures du matin, écartant de fait la majorité des membres résidant en Casamance.
Face à ce qu'il qualifie de manœuvre, 12 des 14 membres du Comité directeur ont convoqué une réunion de crise à Ziguinchor sous la supervision de Mᵉ Nyamadjok, huissier de justice. Unanimement, le Comité a acté le transfert des assises en Casamance.
Ibrahima El Ali accuse désormais Haïdar El Ali d'avoir outrepassé cette décision en orchestrant une « AG illégale » à Dakar pour obtenir un nouveau récépissé préfectoral :
« Il croit qu’il peut renvoyer tout le monde, mais les statuts sont clairs : il faut une demande d'explication et un vote aux deux tiers du Comité directeur. Haïdar confond l'Océanium avec sa boutique personnelle. »
Le nouveau président a également tenu à rétablir la vérité historique sur l'ONG : créée en 1984 par le professeur et biologiste marin Jean-Michel Kornprobst, l'association a vu défiler plusieurs présidents avant et après le passage d'Haïdar El Ali. « Ce sont la Casamance, ses chefs de projets et ses citoyens qui ont fait le succès d'Haïdar et lui ont permis d'être nommé ministre sous Macky Sall. Ce n'est pas Haïdar qui a fait la Casamance, c'est la Casamance qui l'a porté », martèle-t-il, rappelant que certains jeunes y ont même perdu la vie sur les chantiers de reboisement.
Du reboisement festif au marché carbone : le choc des époques
Sur le plan environnemental, le diagnostic formulé par la nouvelle équipe met en exergue une rupture méthodologique majeure. Tout en reconnaissant à Haïdar El Ali le mérite d'avoir suscité un engouement populaire pour la sauvegarde de la mangrove dans les années 2000, Ibrahima El Ali qualifie son aîné d'« homme de la préhistoire ».
À l'ère des exigences des bailleurs internationaux et des acteurs du marché carbone (comme le fonds Livelihoods), le reboisement empirique d'autrefois a laissé place à des protocoles scientifiques rigoureux :
- Analyses scientifiques préalables : Prélèvements de pH, études de salinité et cartographie des sols.
- Taux de réussite : Près de 80 % de réussite sur les plantations actuelles, contre moins de 50 %sous la méthode empirique des années 2006-2008.
Audits de gouvernance et précarité sociale
Au-delà de la technique, ce sont les critères de gouvernance et de justice sociale imposés par les financeurs internationaux qui posent problème. Ibrahima El Ali révèle avoir transmis une sommation par huissier à Haïdar El Ali pour exiger la restitution de fonds de l'association utilisés à des fins personnelles.
« Haïdar a toujours fait croire aux populations que l'argent venait de sa propre poche, alors qu'il s'agissait de financements de bailleurs destinés au développement communautaire et aux salaires », dénonce le président élu.
La nouvelle direction pointe également du doigt le manque de couverture sociale pour les permanents historiques de l'ONG. L'exemple d'Albert Sédhiou (alias Albert Sédict), figure emblématique de 75 ans travaillant pour l'Océanium depuis 2006 mais laissé sans pension de retraite faute de cotisations, illustre selon lui les « lacunes dramatiques » de l'ancienne gestion.
Tout en affirmant qu'il souhaitait initialement offrir à Haïdar El Ali un statut honorifique de président d'honneur accompagné d'un traitement de retraite décent, Ibrahima El Ali conclut que le temps du changement est venu pour l'Océanium : plier aux exigences de transparence (djoub djoubante) pour pérenniser l'action écologique en Casamance.
