Ce forum a réuni un large éventail d’acteurs : maires locaux, sous-préfets, services départementaux des pêches, la Direction des Aires Marines Protégées (DAMP), ainsi que des pêcheurs et des mareyeurs. L’objectif ? Mettre les communautés locales au centre de la gestion pour garantir la survie des écosystèmes.
Des chiffres alarmants qui interpellent les décideurs
Le programme s’est concentré sur la collecte de données spécifiques concernant le poisson et la crevette au sein de trois sites pilotes : l’Aire Marine Protégée (AMP) de Nyamon Kalunay, l’AMP de Kassa Bantakunda, et le cadre de concertation de Songurungu.
Après six mois de suivi rigoureux sur le terrain, Awara Ndoye, responsable technique de Blue Ventures en Afrique de l’Ouest, a partagé les premiers résultats. Si le potentiel économique est indéniable — plus de 300 tonnes de produits halieutiques débarquées pour une valeur marchande de près de 60 millions de FCFA en moins de dix mois —, la situation biologique est particulièrement critique :
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Un déficit de maturité alarmant : Sur l'ensemble des captures de poissons, seulement 30 % des individus ont atteint leur taille de maturité sexuelle.
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Le cas critique de la crevette : Pour certaines espèces hautement prisées par les populations, le taux de maturité s’effondre à moins de 5 %.
« Imaginez, si avec seulement 30 % d'espèces matures nous générons 60 millions de FCFA, ce que cela représenterait pour l'économie locale si nous parvenions à stabiliser la ressource à 50 % », a souligné Awara Ndoye, appelant à une harmonisation urgente des décisions politiques et sectorielles.
Le maillage des filets et la surveillance : le cri du cœur des comités de gestion
Pour Seydou Sané, président du comité de gestion de l’AMP de Nyamon Kalunay, la racine du problème réside dans le comportement de certains acteurs et le non-respect de la réglementation. Il pointe notamment du doigt l'utilisation de filets non réglementaires (les mailles de 18 mm au lieu des mailles de 25 mm autorisées).
« Avec la maille 25, on prend le gros poisson et on laisse le petit grandir et se reproduire. Avec la maille 18, on ramasse tout, et le lendemain, il n'y a plus rien », explique-t-il avec insistance. M. Sané rappelle que l’État et les services de pêche ne peuvent assurer une surveillance quotidienne des "boulons" (les chenaux de la mangrove). Il en appelle donc à un sursaut de conscience des pêcheurs eux-mêmes pour qu'ils deviennent les premiers gardiens de leur propre ressource.
Sécurité et maîtrise des données : les maires montent au créneau
Mamadou Lamine Sora, maire de la commune de Coubalan, présent aux côtés de ses homologues de Diégoune et de Mangagoulack, a salué cette initiative qui offre enfin aux élus locaux des « données fiables » à intégrer dans les plans d’action des collectivités territoriales.
Cependant, l’édile a soulevé une problématique majeure : l’occupation des boulons par des pêcheurs étrangers à la zone, dont les captures échappent totalement aux statistiques officielles.
« Les quantités pêchées par ces acteurs ne sont pas intégrées dans les données actuelles, ce qui pose un problème de mesure pour les stocks, mais soulève également un enjeu de sécurité évident pour nos communautés », a averti le maire de Coubalan.
Pour y faire face, les collectivités locales ont annoncé la rédaction en cours d’un mémorandum destiné aux autorités supérieures de l'État. Ce document vise à obtenir un recensement strict des acteurs de la pêche, une réglementation de l’habitat précaire dans les mangroves et un renforcement de la sécurité souveraine.
Face à la rareté grandissante des ressources halieutiques en Basse-Casamance, cet atelier démontre que la science participative et l’inclusion des populations restent les meilleures armes pour inverser la tendance et garantir une économie bleue durable.
