Ziguinchor, le 15 juin 2026 – Le secteur de la noix de cajou traverse une zone de fortes turbulences en Casamance. Les opérateurs de la filière anacarde ont observé un arrêt total d'activités à travers la ville de Ziguinchor pour protester vigoureusement contre l’introduction surprise d'une taxe supplémentaire par les autorités nationales.
Partout dans la capitale régionale, le constat reste le même : les rideaux des magasins de stockage sont restés fermés. Un signal fort envoyé par les acteurs de terrain, qui se disent profondément « frustrés et choqués » par cette décision administrative survenant en pleine clôture de la campagne de commercialisation.
Une taxe de trop qui paralyse le secteur
À l'origine de cette colère collective, l'annonce d'une nouvelle taxe de 20 francs CFA par kilogramme, jugée inacceptable par les professionnels du secteur. Pour Boubacar Ba, membre influent de la filière à Ziguinchor, cette mesure s'apparente à un véritable coup de massue alors que les opérateurs avaient déjà consenti à d'importants efforts financiers.
« On ne peut pas comprendre qu'une campagne démarre et qu'à son terme, on nous brandisse une taxe supplémentaire. Les opérateurs que nous sommes avaient déjà accepté les 32 francs de taxes que l'État a instaurés dans le cadre de la relance économique pour l'exportation. Ces 20 francs supplémentaires, c'est du délire. Nous ne l'acceptons pas et nous ne l'accepterons jamais », martèle M. Ba avec fermeté.
Les protestataires rappellent leur rôle stratégique dans l'économie nationale. En exportant la noix de cajou vers des marchés internationaux comme l'Inde, la filière participe activement à l'équilibre de la balance commerciale et favorise la rentrée de devises essentielles pour le pays. Imposer de nouvelles charges financières à ces acteurs clés est perçu comme une démarche contre-productive, d'autant plus que la production locale fait face à de lourds défis structurels, notamment le vieillissement des plantations et la dépendance vis-à-vis des flux de noix en provenance des pays voisins.
Crise de représentativité et appel direct au ministre
Au-delà de la question purement financière, ce mouvement de débrayage met en lumière une profonde crise de confiance entre la base et les instances de représentation de la filière en amont. Les opérateurs locaux contestent ouvertement la légitimité de certains interlocuteurs qui négocieraient en leur nom auprès des ministères.
« Il ne sera plus question de déléguer nos pouvoirs à des tierces personnes soi-disant qui nous représentent en haut et qui nous engagent », prévient Boubacar Ba, entouré pour l'occasion de ses partenaires commerciaux sénégalais et indiens.
Face à ce blocage qui paralyse un poumon économique vital pour la région de Ziguinchor, les acteurs de la filière lancent un appel direct au ministre de tutelle. Ils exigent le retrait pur et simple de cette taxe de 20 francs afin de rétablir la sérénité nécessaire au bon déroulement de la fin de campagne. Ils réclament également l'ouverture urgente d'une table de négociation directe avec les véritables opérateurs du terrain pour que l'autorité administrative puisse enfin se confronter aux réalités directes de la filière anacarde.
