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Cri du cœur à Oulampane : Le maire Sagar Coly appelle l’État au secours de la zone frontalière

À l’occasion du Gamou annuel de Nialocane, placé sous le signe de la paix et du pardon, le maire de la commune d’Oulampane a dressé un diagnostic alarmant de sa collectivité. Entre enclavement extrême, manque d'eau potable et absence de réseaux de communication, Sagar Coly interpelle directement les nouvelles autorités sénégalaises pour mettre fin au calvaire des populations de cette zone frontalière.


Le décor était celui de la spiritualité et du recueillement à Nialocane, dans la zone 6 de la commune d’Oulampane. Pourtant, derrière les messages de paix portés par le thème du Gamou — « L’Islam, un facteur de paix » — la réalité sociale et économique est brutale. Pour le maire Sagar Coly, si la spiritualité est nécessaire pour « apaiser les esprits » après 30 ans de conflit en Casamance, elle ne suffit plus à nourrir ni à soigner ses administrés.
 
Une économie et des services sociaux à l'agonie
Le constat du maire est sans appel : la crise a frappé tous les secteurs de plein fouet. L’éducation, la santé, l’agriculture et le commerce sont dans un état de délabrement avancé. Dans cette zone frontalière, les écoles, autrefois fermées pour des raisons de sécurité, peinent à se relever. « Beaucoup de salles de classe sont encore des huttes (abris provisoires). Nous faisons des efforts à notre niveau, mais les besoins nous dépassent », confesse l’édile, soulignant que la mairie a récemment financé la construction et l'équipement de salles de classe malgré un budget limité.
Le secteur de la santé n'est pas mieux loti. Le poste de santé de Diamaye, seul espoir de la zone, est jugé incapable de répondre aux besoins minimaux. Résultat : les habitants de Kanfounda, Koundioughor ou Nialocane sont contraints de traverser la frontière pour se faire soigner en Gambie.
 
Le « calvaire » du désenclavement et de l'eau
L'enclavement reste le défi majeur. Le maire raconte avoir mis plus de trois heures pour parcourir un tronçon de moins de 30 kilomètres pour rejoindre le lieu de la cérémonie. « Si c'est ainsi maintenant, imaginez en période hivernale. Pour une urgence, les gens préfèrent évacuer les malades à moto ou en charrette vers la Gambie », déplore-t-il.
À cette difficulté de mouvement s'ajoute une soif chronique. Sur plus de 30 km depuis la RN4 jusqu'à la frontière, aucune infrastructure hydraulique de qualité n'est fonctionnelle. Le forage tant attendu de la zone 6, financé par le PIDC, est à l'arrêt depuis cinq ans, laissant les populations dans une précarité hydrique insoutenable.
 
L'isolement numérique : un danger de mort
Dans un monde de plus en plus connecté, la zone 6 d'Oulampane est une zone blanche. L'absence de réseau téléphonique et de connectivité internet paralyse non seulement l'économie numérique (transferts d'argent, services de proximité), mais met aussi des vies en danger. « Pour appeler une ambulance en cas d'urgence, il faut du réseau. Sans cela, on ne peut pas sauver de vies », alerte Sagar Coly.
 
Un appel solennel au Président et au Gouvernement
Face à cette situation qu’il qualifie de « calvaire », le maire d’Oulampane a lancé un appel direct au Président de la République et au gouvernement du Premier ministre Ousmane Sonko.
Sagar Coly plaide pour :
  • Le désenclavement urgent de la zone par des infrastructures routières.
  • L'accès à l'eau potable via la reprise des travaux de forage.
  • L'installation d'infrastructures sociales de base (santé et éducation).
  • La couverture en réseaux téléphoniques.
« Nous faisons des efforts consistants, mais ces problèmes dépassent nos compétences et nos budgets », a-t-il conclu, rappelant que cette bande frontalière est une « partie intégrante du Sénégal » qui ne demande qu'à retrouver sa dignité et son élan de développement.
Dimanche 26 Avril 2026
Amady Khalilou Diémé