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Casamance : Le cri du cœur d’Affiniam, un village aux atouts immenses mais étranglé par l'enclavement et le barrage

L’heure est à l’urgence dans la communauté d'Affiniam. Réunis en Assemblée Générale à l’occasion des « 72 heures du village », leaders locaux, notables et membres de la diaspora ont tiré la sonnette d’alarme. Entre fausses promesses du passé, infrastructures défaillantes et enclavement sévère, ce territoire au potentiel agricole exceptionnel demande aujourd'hui une intervention directe des plus hautes autorités de l'État.


1. Un tissu social à reconquérir et le défi de la gouvernance
Sur place, la crise de gouvernance locale a laissé des traces. En raison de la maladie du chef de village Bernard Sagna, la transition a été confiée à Camille Coly pour assurer la relève. Cependant, des années de prolongements de mandats au sein des structures socio-économiques locales ont fini par diviser la communauté.
« Le premier problème d'Affiniam, c'est un problème d'unité. Nous avons d'énormes difficultés à rassembler tous les fils du village », déplore Camille Coly.
À cette crise d'unité interne s'ajoute un fort sentiment de dépossesssion foncière. Un projet étatique d'envergure, mené sans consultation préalable ni étude d'impact transparente auprès des populations autochtones, a attisé les rancœurs. Pour ces habitants attachés à la terre de leurs ancêtres, le manque d'inclusion est perçu comme une injustice majeure.
 
2. Le barrage d’Affiniam : De promesse de développement à désastre écologique
C’est le paradoxe ultime de la localité. Construit il y a plusieurs décennies pour booster la production, le barrage d’Affiniam est aujourd’hui un fardeau.
  • Salinisation destructrice : En amont, la remontée de sel dévaste les terres arables et assèche les rizières.
  • Dégradation de l'habitat : La salinité de l'air nuit directement aux infrastructures et dégrade prématurément les toitures du village.
Alors que le Ministère de l’Agriculture y a investi massivement dans des digues anti-sel et des projets de remembrement, les retombées concrètes se font toujours attendre.
« Malgré l'installation du barrage, jusqu'à présent, on n'en voit pas l'utilité », souligne Joël Sagna, président de l'Association pour le Développement d'Affiniam (ADA). « Pourtant, rien qu'avec notre potentiel agricole, nous pourrions approvisionner toutes les régions du Sénégal. »
3. L'urgence du désenclavement : Éducation, santé et routes de l'impossible
L’autre fléau qui paralyse le quotidien des habitants est l'isolement géographique :
  • Un accès routier impraticable : Pour rejoindre Ziguinchor ou Bignona, les villageois doivent effectuer un détour de dizaines de kilomètres via Élana ou prendre la pirogue au péril de leur sécurité.
  • Le calvaire des jeunes diplômés : Après le brevet (BFM), les élèves doivent s'exiler à Bignona ou Ziguinchor pour poursuivre leurs études faute de lycée local.
  • Accès aux soins : Le poste de santé ne survit que grâce aux dons et au dévouement de sa sœur infirmière.
 
4. L'appel solennel au Président Bassirou Diomaye Faye
Face à ce constat critique mais fort d'un potentiel économique et humain intact, le village interpelle directement les nouvelles autorités du pays et le gouvernement.
Les priorités exprimées par la population sont claires :
  1. La construction d'un lycée à Affiniam pour stopper l'exil des jeunes élèves.
  2. Le bitumage des axes routiers stratégiques (notamment la liaison directe depuis Bignona et la Boucle du Blouf) pour briser l'enclavement.
  3. Une réhabilitation écologique et technique du barrage pour protéger définitivement les rizières contre le sel.
Le message transmis par Joël Sagna et les forces vives du village est limpide : Affiniam ne demande pas la charité, mais les moyens d'être le moteur agricole qu'il a toujours été destiné à devenir.
Samedi 8 Août 2026
Amady Khalilou Diémé