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Bignona : Les infirmiers célèbrent leur journée sous le signe de l'engagement et du cri du cœur face à la précarité

À l’occasion de la Journée internationale des infirmiers, décalée cette année au 20 juin en raison des fêtes de la Tabaski, les professionnels de la santé du district de Bignona se sont réunis à Badiouré. Entre célébration de leur vocation et doléances cruciales, cette journée a mis en lumière le dévouement exceptionnel de ces agents qui maintiennent le système de santé à bout de bras, malgré des conditions de travail d'une extrême précarité.


Des résultats d'excellence dans des zones enclavées
Le district sanitaire de Bignona, fort de ses 39 structures de santé (dont 38 postes et un centre de santé), fait face à une géographie complexe. Entre routes impraticables et villages isolés, l'accès aux soins relève souvent du parcours du combattant. Pourtant, sur le plan des indicateurs de santé, le district brille au niveau de la région de Ziguinchor.
Un succès que le Docteur Mamadou Lamine Sagna, médecin-chef du district et parrain de l'événement, attribue sans hésiter au personnel de terrain :
« Le district sanitaire de Bignona n'a jamais été derrière par rapport aux résultats de la région. C'est grâce à l'engagement et à l'abnégation des différents personnels, plus particulièrement les infirmiers de postes qui vivent dans des conditions très difficiles. »
 
Le fléau de la précarité : des années de bénévolat sans contrat
Derrière le sourire et le courage de ces agents de santé publique se cache une réalité sociale alarmante. Depuis son arrivée en 2019, le médecin-chef dresse le même constat : une grande partie du personnel fonctionne sur un statut de « communautaire ».
« Ils n'ont pas de contrat, ils ne sont pas fonctionnaires. Ils sont là, ils sont motivés, ils n'ont pas de salaire », dénonce le Dr Sagna, précisant que certains cumulent plus de dix ans de service sans aucun lien contractuel formel avec le ministère de la Santé. Quant à ceux qui possèdent un statut, la majorité reste d’éternels contractuels dont l'avenir demeure incertain. Pour le médecin-chef, la stabilité institutionnelle est pourtant le premier levier de la motivation.
 
Un quotidien sans logistique : le système D pour sauver des vies
Pour Tidiane Mané, membre de l'association des infirmiers du district de Bignona, les défis logistiques quotidiens pèsent lourdement sur la santé des populations, notamment celle des femmes enceintes en situation d'urgence : Déficit mobile criant : De nombreux postes de santé ne disposent ni d'ambulances, ni même de motos pour assurer les supervisions ou les évacuations. Sacrifice financier : Les infirmiers sont régulièrement obligés de puiser dans leurs « maigres ressources financières » personnelles pour pallier les manquements de l'État et assurer le volet social. Absence de couverture post-retraite : M. Mané a également soulevé l'absence totale de suivi médical et de prise en charge pour les agents une fois l'âge de la retraite atteint.
 
L'appel pressant au Président Bassirou Diomaye Faye
Face à l’enclavement, un autre problème majeur persiste : la solitude de l'agent dans son poste. L'association des infirmiers plaide fermement pour le « doublement » de tous les postes de santé. Un agent unique ne peut veiller 24 heures sur 24 sans sacrifier sa propre vie de famille et sa santé.
Portant la voix de ses pairs, Tidiane Mané a lancé un appel direct aux nouvelles autorités du pays :
« Nous lançons un message au président de la République, Bassirou Diomaye Diakhar Faye, pour qu'il examine la situation des agents de santé. Il faut intégrer les contractuels dans la fonction publique et régulariser ceux qui n'ont pas de contrat. »
Malgré les plaidoiries administratives et les courriers répétés envoyés au ministère par le Dr Sagna, la situation stagne. En cette journée de commémoration, les infirmiers de Bignona ont réaffirmé leur engagement sacré envers la prévention et les soins curatifs, tout en espérant que leur cri du cœur résonnera enfin au plus haut sommet de l'État.
Lundi 22 Juin 2026
Amady Khalilou Diémé