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Zircon à Niafran : Le Cri du Peuple au Cœur de l’Hémicycle

ZIGUINCHOR – Entre promesses de développement et spectres écologiques, le dossier brûlant de l'exploitation du zircon en Casamance prend une dimension nationale. Une délégation de treize parlementaires, conduite par la Commission Énergie et Ressources Minérales, vient de boucler une immersion de haute tension sur le terrain. Entre les partisans du « oui » et les irréductibles du « non », l'Assemblée nationale tente de désamorcer une bombe sociale par le dialogue.


Une mission de terrain, pas de salon
Fini les débats feutrés de Dakar. L’honorable Ibou Gueye et ses collègues ont troqué le costume pour la poussière des pistes de la Casamance. De Ziguinchor à Niafran, en passant par Bignona et Kafountine, les députés ont sillonné les zones minières pour confronter la réalité des chiffres aux témoignages poignants des populations.
« Nous ne sommes pas ici pour juger, mais pour écouter la minorité comme la majorité », martèle Ibou Gueye. Cette mission, dictée par le plan d’action de la commission présidée par l’honorable Baba Kandiaye, répond à une urgence : les multiples saisines des communautés locales, déchirées par le projet d’exploitation du zircon.

Niafran : Le bastion de la résistance
À Niafran, le climat est électrique. Sur place, les communautés opposées au projet ne décolèrent pas. Leurs arguments ? Un désastre environnemental annoncé sur un littoral déjà fragile. Accompagnés des directeurs régionaux des mines et de l’environnement, les parlementaires ont inspecté le site, encore vierge de toute extraction. « Si les gens n'ont pas encore démarré, c'est justement parce qu'il y a un problème », reconnaît lucidement le député Gueye.
À l’inverse, à Abéné et Kabadio, d’autres voix s’élèvent, réclamant l’exploitation comme un levier de désenclavement et d’emploi. Un grand écart social que les députés ont dû consigner scrupuleusement.

L’ombre de la paix en Casamance
Au-delà des minerais, c’est la stabilité de la région qui est en jeu. Après des décennies de conflit, l’accalmie actuelle est un trésor que personne ne veut briser. L’honorable Ibou Gueye a lancé un appel vibrant au dialogue : « Ces communautés ont toujours vécu ensemble. Le zircon ne doit pas être le grain de sable qui enraye la paix. »
S’appuyant sur l’article 25 de la Constitution, il rappelle que les ressources appartiennent au peuple, mais que seul l’Exécutif tranchera sur l’opportunité de creuser.

Cap sur la pêche : Le quai de Kafountine en détresse ?
Pour clore cette mission marathon, les parlementaires ont jeté l’ancre au quai de pêche de Kafountine. Un choix stratégique pour rappeler que si le zircon fait débat, la pêche reste le poumon vital qui nourrit le Sénégal. Entre les filets vides et les conditions de travail précaires, les députés ont pris la mesure des défis de l’économie bleue.

Et maintenant ?
Le rapport de mission, attendu sur la table du Président de l’Assemblée nationale, s’annonce comme un document explosif. Il portera non seulement les doléances minières, mais aussi le cri de détresse de populations qui se sentent parfois oubliées par Dakar.
La balle est désormais dans le camp de l'Exécutif. Le zircon de Niafran sera-t-il une bénédiction ou une malédiction ? Le dialogue reste, pour l'heure, le seul rempart contre l'incertitude.
Samedi 14 Février 2026
Amady Khalilou Diémé