Au cœur des contestations figure le constat dressé par le Premier ministre sur la situation économique du pays. Prenant acte des inflexions et des aveux d'Al Aminou Lô — qui a notamment reconnu que le plan de redressement précédent n'avait pas atteint les objectifs escomptés en matière de mobilisation de ressources —, l'opposition et d'anciens cadres de la majorité tirent la sonnette d'alarme.
Le spectre de l'ajustement structurel
Pour le député et ancien ministre Amadou Ba, les mots du chef du gouvernement ne laissent plus de place au doute. Selon lui, Al Aminou Lô « confirme que le Sénégal est entré en ajustement structurel » et vient « mettre fin aux faussaires qui contestaient la restructuration de notre dette ». Estimant que le pays n'est plus au quatrième mais au « cinquième sous-sol », le parlementaire appelle à tirer immédiatement les conséquences de ce qu'il qualifie de « constat implacable », exigeant que soient présentées aux Sénégalais les dures réalités économiques qui les attendent pour la suite du mandat.
Cette lecture est partagée par Marie Rose Khady Fatou Faye, ancienne porte-parole du gouvernement, qui s'est voulue incisive sur les réseaux sociaux : « Nous sommes en ajustement structurel niou xamé ko nonou ! », a-t-elle martelé.
Charge contre le maintien du cap et défense du « Plan Sonko »
La ligne défendue par le Premier ministre, assurant que le gouvernement ne changeait pas de trajectoire et poursuivait le programme initialement engagé, suscite également une vive désapprobation. Waly Diouf Bodiang dénonce un discours à double tranchant : « Ils déclarent maintenir le cap tout en faisant l’inverse de ce qui est dans le projet. Ils veulent gouverner dans la tromperie et nous faire avaler les revirements sans les assumer », tacle-t-il, déplorant une « gouvernance en trompe-l’œil ».
De son côté, l'ancien ministre de la Communication, Alioune Sall, est monté au créneau pour défendre le bilan et la vision du Plan de redressement économique et social (PRES) porté avant ce remaniement par Ousmane Sonko. Répondant directement aux réserves émises par Al Aminou Lô sur l'efficacité de cette stratégie, Alioune Sall a soutenu que le PRES allait « au-delà d’une simple rationalisation des finances publiques » pour incarner « un choix stratégique assumé en faveur de la souveraineté économique, fondée sur la mobilisation et le financement endogènes ».
Alors que les débats s'annoncent particulièrement houleux dès l'ouverture officielle de la discussion générale par les députés, cette prise de parole du Premier ministre cristallise déjà les tensions sur la réalité de la trajectoire budgétaire du Sénégal.