Le paysage actuel de Balandine porte les stigmates du dérèglement climatique. Là où s’étendait autrefois une végétation dense de palétuviers servant aux besoins du quotidien et abritant une faune marine florissante, il ne reste aujourd'hui que des souches desséchées et une étendue fortement marquée par la salinité.
« Il y a 10 à 15 ans, il y avait de gros poissons à Baila, Katoudie, Katinong et Balandine », rappelle Mfally Badji, maire de la commune de Suelle. « Aujourd'hui, les rares pêcheurs qui s’y aventurent toute une journée ne reviennent qu’avec un petit panier. »
Cette dégradation progressive des zones côtières a lourdement affecté l'économie locale. La perte des ressources halieutiques (poissons, huîtres, crevettes) frappe de plein fouet les familles, notamment les femmes qui en tiraient l'essentiel de leurs revenus pour l'éducation et la santé de leurs enfants.
10 Hectares Reboisés et une Approche Adaptée
Pour faire face à cette urgence environnementale, l'ONG A3C déroule la sixième édition de son programme de restauration des zones côtières. Cette année, avec le soutien financier et technique du programme régional Coastal Futures porté par l'IAG, l'objectif est d'implanter 10 hectares de mangrove à Balandine.
Face à l'augmentation de la salinité du fleuve de Baila, les équipes techniques ont adapté leur stratégie en expérimentant des espèces de palétuviers plus résistantes. Ce repiquage stratégique vise deux objectifs écologiques majeurs :
La séquestration du carbone : La mangrove est un puit de carbone puissant, indispensable pour atténuer le réchauffement climatique.
La régénération de la biodiversité : La reconstitution des frayères naturelles permettra le retour du plancton marin, des poissons et de la riziculture de bas-fond.
Le Suivi et la Formation : Clés de la Pérennité
Tous les acteurs s’accordent sur un point : la plantation n'est que la première étape.
« Repiquer c'est important, mais le gros du problème, c'est le suivi. Sans suivi, ce n'est pas la peine de faire ce genre d'activités », soulignent de concert le maire Mfally Badji et Sadou Ba, directeur exécutif de A3C.
Pour garantir la pérennité du projet, entre 120 et 140 acteurs locaux — principalement des jeunes et des femmes — bénéficient de formations axées sur le suivi écologique, la résilience climatique et la gouvernance des zones côtières, en lien avec l'Aire Marine Protégée (AMP) Kalounayes-Buluf-Fogny.
L'Entrepreneuriat Vert face aux Défis Sociaux
Au-delà de la question environnementale, cette initiative s'inscrit dans un enjeu de justice sociale et économique. Comme le souligne Fanta Camara, responsable du département Climat et Jeunesse à l'IAG, l'absence d'opportunités économiques dans les zones côtières vulnérables alimente le phénomène de la migration clandestine.
À travers le programme Coastal Futures, déployé dans cinq pays d'Afrique de l'Ouest (Sénégal, Guinée-Conakry, Ghana, Liberia, Sierra Leone), l'ambition est de former 1 000 jeunes au Sénégal à l'entrepreneuriat vert. L'objectif ultime est d'incuber au moins 100 entreprises vertes et d'en financer 50 à 60 à l'échelle nationale.
En combinant apports théoriques et immersions pratiques sur le terrain, cette mobilisation à Balandine prouve que la restauration des écosystèmes peut devenir un véritable levier de développement local et un ancrage pour la jeunesse sénégalaise.