« Nos troupeaux disparaissent » : Oulampane sous l'emprise des réseaux de vol de bétail, la riposte s'organise et l'Etat interpellé

Face à une recrudescence alarmante des vols de bétail qui asphyxient l’économie locale, le maire de la commune d’Oulampane (département de Bignona), Sagar Coly, a présidé une réunion de crise. Entre détresse des éleveurs, complicités locales et arsenal juridique brandi par les autorités, la municipalité tire la sonnette d'alarme et chiffre le préjudice provisoire à plus de 35 millions de francs CFA.


C’est un cri du cœur qui résonne le long des zones frontalières de la Casamance, là où la porosité des frontières avec la Gambie et la Guinée-Bissau facilite le transit rapide des troupeaux volés par des bandes organisées. Dans la commune d’Oulampane, le phénomène a atteint un seuil critique, poussant les autorités municipales, administratives, militaires et coutumières à se réunir en urgence pour acter une riposte collective.
 
La détresse et la colère des éleveurs
Pour les populations locales, le bétail représente bien plus qu'une simple ressource financière : c'est un patrimoine familial, une épargne pour l'avenir des enfants et un pilier de la sécurité alimentaire. Aujourd'hui, ce pilier s'effondre sous les coups des réseaux de voleurs.
Bernard Mendy, éleveur diplômé et formé au FONTAP, installé à Mampalago, témoigne de son désarroi après la disparition de ses onze porcs :
« On est en train de s'alimenter par rapport à notre bien qui a disparu. Nous voulons réellement que la société de la commune et les autorités nous aident à trouver ces gens qui font n'importe quoi. »
Exaspéré, il pointe également du doigt un problème structurel : le manque de contrôle et la responsabilité de certains notables locaux qui délivrent des papiers non légaux facilitant le transport des animaux suspects.
La détresse est tout aussi vive chez les femmes de la commune, pour qui l'élevage constitue le principal outil d'autonomisation. Fatou Diatta, habitante d'Oulampane, s'est fait dérober six vaches qui lui avaient été confiées par un proche décédé pour subvenir aux besoins de ses orphelins. Elle soulève par ailleurs une douloureuse réalité sociale : la complicité passive, voire active, de la jeunesse locale minée par le désœuvrement.
« Nos enfants ne veulent pas aller à l'école, ils ne veulent pas travailler. Chaque jour, un jeune t'amène deux kilos de viande ou de quoi vivre, mais nous, en tant que parents, on ne leur demande pas d'où ça vient. C'est ce phénomène qui fait que les enfants volent partout », regrette-t-elle ouvertement.
 
Un préjudice financier estimé à plus de 35 millions FCFA
Lors de sa déclaration officielle, le Maire de la commune, Sagar Coly, a dressé un bilan chiffré particulièrement lourd, basé sur les rapports transmis par les chefs de villages. À ce jour, les recensements (encore non exhaustifs) font état de : 43 bœufs volés à Balinkinor ; 29 bœufs volés à Oulampane ; 11 bœufs volés à Mampalago et 11 à Farenhab ; 10 bœufs et 5 chèvres à Silinkin Et plusieurs autres pertes enregistrées dans les villages de Kignon, Kankandi et Djundankali.
Au total, ce sont au moins 116 bœufs (évalués à un prix moyen de 300 000 FCFA l'unité) et 9 chèvres qui ont été dérobés, représentant un préjudice financier global provisoire de 35 070 000 francs CFA.
 
La fermeté de la loi : jusqu'à 10 ans de prison ferme
Face à ce qu'il qualifie de menace grave pour la cohésion sociale et le développement local, l'édile d'Oulampane a tenu à rappeler la sévérité du code pénal sénégalais. En vertu de la loi n° 09-2017 du 12 mai 2017 (modifiant l'article 368 du code pénal), le vol de bétail est un crime sévèrement réprimé.

Les auteurs, complices et recéleurs s'exposent désormais à : Une peine d'emprisonnement ferme de 5 à 10 ans ; Une amende obligatoire égale au quintuple de la valeur du bétail volé (avec un minimum de 500 000 FCFA) ; L'interdiction de tout sursis en cas de récidive et un doublement de la peine si l'individu a des antécédents judiciaires.
 
Un appel à l'État et une mobilisation citoyenne
La municipalité d’Oulampane demande un appui immédiat des forces de défense et de sécurité. Un appel solennel a été lancé à l’État, à travers le préfet de Bignona et le sous-préfet de Sindian, pour le déploiement d'un dispositif renforcé comprenant des patrouilles intensives de la gendarmerie, le démantèlement des réseaux de recel et un contrôle systématique des mouvements de bétail, notamment à proximité des cantonnements militaires de Django et d'Oulampane.

Au niveau local, la mairie s'engage à réactiver et renforcer les comités communautaires de veille et d'alerte, à promouvoir la traçabilité des bêtes et à instaurer des cadres de concertation réguliers. « La sécurité est une responsabilité collective », a conclu le maire Sagar Coly, appelant chaque citoyen à rompre le silence pour préserver la paix sociale et l'avenir économique de la Casamance.
Vendredi 19 Juin 2026
Amady Khalilou Diémé

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