Trente ans après la Déclaration de Beijing, le constat reste amer : les femmes demeurent les grandes invisibles des récits médiatiques. C’est ce qui ressort des conclusions de la 7ème édition du GMMP, présentées par le Réseau inter-africain pour les Femmes, Médias, Genre et Développement (FAMEDEV).
Un miroir déformant de la société
Malgré des avancées législatives notables au Sénégal, le rapport souligne une asymétrie persistante. Les femmes sont sous-représentées comme sujets d’information et trop rarement sollicitées en tant qu'expertes. Selon Amie Joof Cole, Directrice Exécutive de FAMEDEV, cette situation n'est pas le fruit du hasard mais la conséquence de « logiques structurelles », incluant des routines rédactionnelles peu sensibles au genre et des pesanteurs socioculturelles tenaces. « Les médias ne sont pas de simples miroirs de la société ; ils en sont aussi des architectes », a-t-elle martelé lors de son discours d’ouverture, rappelant que l’invisibilisation symbolique des femmes limite leur autorité discursive et offre une image incomplète de la nation.
Les nouveaux défis du numérique
L'édition 2025 du rapport intègre une dimension cruciale : la révolution numérique. Si les plateformes offrent de nouveaux espaces d'expression pour les voix féminines, elles apportent aussi leur lot de menaces, notamment les biais algorithmiques et les violences numériques. Le défi est donc double : maintenir les acquis dans les médias traditionnels tout en sécurisant l'ascension des femmes dans l'écosystème digital.
Un agenda pour le changement
Le thème « De l’Évidence à l’Action » marque une rupture avec les années de simple constat. Pour FAMEDEV et ses partenaires, l’heure est à l’application de mesures concrètes :
- Réforme des pratiques rédactionnelles pour inclure systématiquement des expertes.
- Inclusion dans la gouvernance des organes de presse.
- Déconstruction des stéréotypes dans la production de l’information.
En choisissant Ziguinchor pour ce lancement, les organisateurs soulignent l'importance de décentraliser le débat sur l'égalité. L'objectif est clair : passer d'une simple présence médiatique à une véritable logique de pouvoir, où les femmes participent pleinement à la définition des récits qui structurent le Sénégal de demain.
