MANGOUKOURO : Rétablir la vérité sur un lieu sacré de Ziguinchor

Face aux rumeurs et aux raccourcis véhiculés par certains médias et services de police, il devient urgent de rétablir une vérité historique et sociologique trop longtemps malmenée. Mangoukourou n'a jamais été un sanctuaire de la rébellion, et ne le sera jamais. Ce lieu, que d'aucuns voudraient aujourd'hui associer à la violence, porte au contraire une histoire de paix, de sagesse et de protection spirituelle.
En langue mandingue, « Mangoukourou » signifie littéralement « une grappe de manguiers ». Derrière ce nom évocateur ne se cache aucun quartier général d'insurgés, mais un espace profondément ancré dans le patrimoine et l'âme de Ziguinchor.


Un espace de vie, de culte et de régulation sociale

Pour le quartier mythique de Soucoupapaye, Mangoukourou a toujours représenté bien plus qu'un simple bosquet. C'était un lieu éminemment sacré et polyvalent :

• Un bois sacré et un lieu de mémoire : réservé aux cérémonies solennelles et aux funérailles, l'endroit s'imposait au respect de tous.

• Un théâtre de jeunesse et de fraternité : c'était l'aire de jeu des enfants du quartier et le terrain de rencontre des jeunes.

• Le tribunal coutumier des sages : c'est sous l'ombre de ses manguiers que les anciens de Soucoupapaye — à l'image de Nfally Kabo, grand ami du regretté Daouda Sané — se réunissaient pour prendre les décisions cruciales. Loin des regards des femmes et du bruit des concessions, les palabres s'y tenaient pour régler pacifiquement les différends et préserver la concorde villageoise.

 

 

• Un sanctuaire sous protection spirituelle : une règle ancestrale y interdisait tout passage dès minuit, car la tradition attribuait aux djinns de Mangoukourou la protection mystique de toute la ville de Ziguinchor.

Les habitants de Soucoupapaye ont toujours tiré une fierté immense de ce patrimoine exceptionnel et veillaient religieusement sur son intégrité.

 

 

La vérité sur les événements de 1982

Affirmer que le MFDC y avait son siège relève d'une méconnaissance totale des faits. Ceux qui ont grandi à Soucoupapaye se rappellent parfaitement les événements de 1982. La rébellion a certes pris son départ dans les environs, mais dans la clairière située entre la route nationale et la vallée de Mangoukourou — et absolument pas dans le site sacré lui-même. De 1982 à nos jours, jamais les rebelles n'ont tenu la moindre réunion ni établi de campement au sein du lieu sacré de Mangoukourou.

 

 

L'injustice des récentes interpellations

Quant aux personnes récemment interpellées sur les lieux, leur arrestation repose sur des suspicions sans fondement. Pour la plupart, il ne s'agit que de proches, d'amis et de parents venus honorer la mémoire du regretté Abdou Élinkine Diatta. Depuis quand est-il interdit de se recueillir et de commémorer l'anniversaire d'un frère ou d'un ami défunt ? Leur libération future ne fera que confirmer l'absence totale de motifs légitimes.

 

 

Un quartier de paix et d'intégration

Soucoupapaye demeure un quartier historiquement bainounk, véritable carrefour d'intégration où toutes les ethnies coexistent dans la paix. Ce quartier mythique est resté étranger à la rébellion. Il est temps de cesser de salir la mémoire de Mangoukourou et de rendre à ce site sacré la dignité et le respect qu'il a toujours mérités.

 

Najib SAGNA, journaliste, fils de Soucoupapaye et enfant de Mangoukourou

Mercredi 4 Novembre 2026
Amady Khalilou Diémé

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