Le contraste est saisissant. D’un côté, un dialogue que le Ministre des Transports terrestres et aériens qualifiait encore de « franc et direct » ce dimanche ; de l’autre, un mot d’ordre de grève illimitée qui a surpris jusqu’au sommet de l’État. Pour Yankoba Diémé, la pilule ne passe pas. Face à la presse ce mardi 7 avril 2026, il a dénoncé une attitude qu'il juge incohérente au regard des concessions majeures déjà accordées par le gouvernement.
Des acquis historiques balayés d'un revers de main ?
Le Ministre a tenu à rappeler les « victoires » syndicales obtenues lors du troisième tour de négociations :
Visite technique mobile : Le déploiement de brigades mobiles dans les régions pour éviter les déplacements coûteux vers Dakar. Simplification aux stations de pesage : Une fluidification des contrôles pour réduire la pénibilité des trajets. Protection sociale : La généralisation du régime simplifié de sécurité sociale pour tous les transporteurs (IPRES/Caisse de Sécurité Sociale). Modernisation concertée : La rénovation des gares routières sur le modèle de « Beaux Maraîchers », en collaboration directe avec les acteurs du secteur.
« Nous ne pouvons pas protéger des corporations au détriment des Sénégalais qui meurent sur les routes. Le voyage doit être un plaisir, pas une hantise », a martelé le ministre.
Le bras de fer sur la gestion des gares
C'est le point de rupture. Yankoba Diémé a posé le doigt sur une anomalie qui ne sera plus tolérée : la gestion opaque des gares routières. Propriétés de l'État, ces infrastructures sont aujourd'hui administrées par des organisations privées qui y « emmagasinent de l'argent » sans contrôle fiscal, tout en utilisant ce pouvoir pour paralyser le pays.
Le message est sans équivoque : l'État prendra des mesures radicales dans les prochaines 24 heures. Si le Ministre n'a pas encore dévoilé le détail de ces sanctions, le spectre d'une reprise en main directe des gares par les autorités (Mairies ou services de l'État) plane désormais au-dessus des syndicats.
"Le droit de travailler prime sur le droit de grève"
Saluant la reprise du travail constatée à Bignona, Touba ou Sédhiou, Yankoba Diémé a prévenu que l’ordre régnerait. L’État a mobilisé les Gouverneurs pour assurer la sécurité de ceux qui refusent de suivre le mouvement de débrayage.
« Ceux qui veulent aller en grève peuvent continuer à l'état éternel, mais nous avons le devoir de protéger tous ceux qui veulent travailler », a-t-il conclu, prévenant que tout acte de vandalisme ou de casse sur les véhicules en service serait sévèrement réprimé.
Le bras de fer est engagé. Entre un État décidé à moderniser de gré ou de force et des syndicats qui jouent leur va-tout, le secteur des transports entre dans une zone de turbulences inédite.