La garde prétorienne, cette illusion de la puissance


Par Amadou Sylla

Dans le théâtre politique contemporain, le pouvoir ne se contente plus de s’exercer ; il se met en scène. De plus en plus, le leader ne se déplace plus sans un impressionnant cortège d’hommes en noir, parfois armés, sculptés par la musculation et drapés dans une loyauté absolue. Si la protection physique d’un responsable menacé est une nécessité démocratique incontestable, la transformation de cette sécurité en une véritable milice privée pose une question de fond : sommes-nous face à une protection légitime ou face à la fabrication industrielle d’un populisme autoritaire ?

 

 

Il existe une frontière étanche entre une société de sécurité privée agréée — soumise aux lois de la République — et une force partisane parallèle, directement recrutée et contrôlée par un chef. Lorsque le dispositif devient opaque, disproportionné et affiché comme un trophée, la sécurité cesse d'être une précaution pour devenir une arme de communication.

 

Le théâtre de l'intouchable

Cette scénographie répond à une mécanique bien rodée. En s'entourant d'une muraille humaine, le dirigeant envoie un message : il serait indispensable, constamment menacé, au-dessus du commun des mortels. Ce spectacle cherche à fasciner les partisans et à intimider les adversaires. Mais ce jeu de rôle produit un dangereux effet secondaire : l'isolement. Comment prétendre incarner le peuple quand des dizaines de barrières, de gardes du corps et de véhicules blindés s'interposent quotidiennement entre soi et ce même peuple ?

 

Au-delà de l'image, le mystère demeure entier quant à l'origine des fonds. Qui paie ces cortèges, ces uniformes, ces armements ? L'opacité financière entourant ces dispositifs affaiblit nos institutions. Si le Sénégal a fait un pas décisif avec la loi n° 2026-07 du 27 février 2026 encadrant la sécurité privée et les réformes prévues sur la transparence des partis politiques, l'application rigoureuse du droit reste l'unique rempart contre la dérive paramilitaire. L'État doit conserver, sans concession, le monopole de la force légitime. Aucun parti ne saurait bâtir sa propre police.

 

 

L'urgence de former plutôt que d'armer

À l'heure où notre jeunesse fait face au chômage, au désœuvrement et aux tentations de l'émigration clandestine, voir des ressources financières massives englouties dans la mise en scène de quelques personnalités interroge nos priorités morales et politiques. La véritable vocation d'un parti n'est pas de distribuer des postes de gardes du corps ou de multiplier les démonstrations de force, mais d'investir dans la formation civique, l'éducation et la construction de projets de société viables.

 

La force d’un leader démocratique ne se compte pas au nombre d'armes qui l'entourent, mais à la profondeur des idées qu'il défend. Il est grand temps d'ouvrir le débat national et d'imposer des règles claires pour que la compétition politique reste un terrain d'idées, et non un affrontement de gardes prétoriennes. Nos démocraties n'ont pas besoin de forteresses humaines ; elles ont besoin de citoyens éclairés.

Lundi 10 Aout 2026
Amady Khalilou Diémé

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