L'annonce était attendue, elle est désormais actée. En officialisant le lancement de sa propre formation politique — « Kiiraay – Les Patriotes Républicains » —, le président de la République Bassirou Diomaye Faye franchit un cap décisif. Si cette initiative visait à structurer la coalition qui l'a porté au pouvoir, elle concrétise surtout, sans déclaration fracassante, une prise de distance politique nette vis-à-vis du PASTEF d’Ousmane Sonko. Dans un climat d'ébullition pré-électorale, cet acte accélère une reconfiguration globale dont la Casamance et la région Sud constituent l'un des théâtres les plus révélateurs.
Une nouvelle bipolarisation et le choc des appareils
Le lancement de « Kiiraay » (terme wolof désignant le bouclier ou la protection) ouvre une nouvelle phase de la vie politique nationale. La nouvelle formation agit comme un aimant : elle attire une vague d'adhérents venus d'horizons divers, principalement des débris de l'Ancienne majorité (l'Alliance pour la République - APR et Benno Bokk Yakaar - BBY), mais aussi quelques transfuges de la première heure de la mouvance « patriote ».
Cette dynamique esquisse le profil d'une nouvelle bipolarisation du paysage politique :
* D'un côté, le PASTEF d'Ousmane Sonko, qui conserve une assise militante extrêmement vigoureuse et disciplinée.
* De l'autre, le parti « Kiiraay » du président Faye, véritable plateforme d'assemblage réunissant républicains, modérés et ralliés.
Malgré les démissionnaires clamant ne « rien devoir au PASTEF » pour justifier leur départ, la formation d'Ousmane Sonko ne montre aucun signe d'essoufflement sur le terrain. L'ardeur militante y demeure intacte, portée par une ferveur populaire qui résiste aux turbulences au sommet de l'État.
Dans le Sud : la résistance du PASTEF face à l'atonie des ténors d'hier
Dans la partie méridionale du pays, historiquement perçue comme un bastion stratégique, la réalité du terrain confirme la prédominance du PASTEF. En dehors de quelques défections ciblées, la formation d'Ousmane Sonko y reste, à ce jour, la première force politique en termes de capacité de mobilisation.
En face, le contraste est saisissant pour les anciennes formations hégémoniques :
Formation / Leader État des lieux dans le Sud
APR / Benno Bokk Yakaar Démobilisation massive et fuite des cadres vers le nouveau pouvoir.
UCS (Abdoulaye Baldé) Seule structure traditionnelle tentant encore de remobiliser ses troupes sur le terrain.
RSD/TDS, PS, Taxawu Sénégal En situation d'asphyxie politique et de mutisme quasi total.
Les partis traditionnels et les formations de la gauche historique traversent une crise existentielle profonde. Faute d'ancrage renouvelé et incapables de repartir seuls à l'assaut des urnes, nombre d'entre eux risquent tout simplement de disparaître de la carte politique à l'issue du prochain scrutin.
« Le respect strict du calendrier électoral est devenu une exigence citoyenne majeure. Dans les régions du Sud, les populations attendent la date des urnes avec fermeté pour faire entendre leur voix et arbitrer ces nouvelles lignes de fracture. »
Vers une épreuve de vérité pour la démocratie sénégalaise
L’intensité politique va aller crescendo au fil des prochains mois. Alors que le suspens demeure entier quant aux coalitions qui se formeront pour les locales, le face-à-face entre l'ancrage populaire du PASTEF et le pouvoir d'attraction institutionnel de « Kiiraay » redéfinit les règles du jeu. Si cette confrontation se déroule dans le respect des règles du jeu républicain et de la transparence électorale, elle pourrait s'avérer être un moteur de renouvellement et un test de maturité salutaire pour la démocratie sénégalaise.