Ziguinchor – La sonnette d'alarme est tirée. Le stock partagé de petits pélagiques, et plus particulièrement la sardinelle – ce poisson communément appelé Yaboy au Sénégal et qui constitue la base de la sécurité alimentaire de millions de personnes – subit une crise sans précédent. Entre surexploitation, comportements irresponsables de certains acteurs et failles de gouvernance, la ressource est aujourd'hui « quasiment en voie de disparition ».
C'est le constat alarmant dressé par M. Gaoussou Guèye, président de la CAOPA (qui regroupe 29 pays africains et dont le siège est basé à Mbour, au Sénégal), lors d'une rencontre stratégique initiée à Ziguinchor.
Sortir les acteurs de la base de l'ignorance
Pour la CAOPA, la solution ne viendra pas uniquement des bureaux ministériels. L'objectif de la rencontre de Ziguinchor, menée sous l'égide du Conseil National Interprofessionnel de la Pêche Artisanale au Sénégal (CONIPAS), membre de la confédération, est de jeter les bases d'une commission mixte entre professionnels de la sous-région (Sénégal, Gambie, Guinée-Bissau).
L'enjeu est de taille : permettre une meilleure implication des pêcheurs artisans dans la gestion durable de ce stock partagé. M. Guèye a rappelé une vérité du terrain trop souvent ignorée :
« Les États vont négocier des accords au nom de ces communautés, au nom de ces acteurs à la base. Mais il est important que ces acteurs comprennent ce qui a été négocié, quelle est leur responsabilité et quel doit être leur comportement vis-à-vis de ces protocoles. »
Fin de l'opacité et lutte contre la pêche clandestine
Cette démarche vise également à mettre fin aux tensions récurrentes liées aux arraisonnements de pirogues sénégalaises dans les eaux voisines. Trop souvent, le flou artistique entoure ces incidents. Qui a été arrêté ? Pour quel motif ? Et surtout, qui est autorisé à pêcher ?
La future commission interprofessionnelle veut apporter une réponse concrète à un problème majeur de traçabilité soulevé par les autorités des pays voisins. M. Guèye s'est ainsi fait l'écho d'une remarque cruciale d'un inspecteur des pêches : « Très souvent, la Guinée-Bissau nous pose la question de savoir : est-ce que vous connaissez les pirogues qui viennent pêcher dans le cadre du protocole ? »
En responsabilisant les organisations professionnelles et les Conseils Locaux de Pêche Artisanale (CLPA), la CAOPA espère instaurer un contrôle par les pairs et une transparence qui font cruellement défaut aujourd'hui. L'étape de Ziguinchor n'est que le début d'une vaste campagne de mobilisation sous-régionale. Pour la sardinelle et pour les familles qui en dépendent, le temps est désormais compté.
