Éducation à Ziguinchor : Le cri d’alarme des acteurs face au naufrage du Baccalauréat

Le paradoxe est frappant : si Ziguinchor brille aux examens de l'entrée en sixième et du BFEM, ses résultats s'effondrent dès qu'il s'agit du Baccalauréat. Pour stopper cette hémorragie intellectuelle, le Mouvement National des Enseignants Patriotes (MONEP) a réuni, ce samedi à l'Université Assane Seck, un forum de réflexion profonde pour diagnostiquer les maux de l'école sud et proposer des remèdes urgents.


Pourquoi une région qui caracole en tête du peloton national à l'école primaire se retrouve-t-elle incapable de franchir la barre des 50 % de bacheliers ? C'est autour de cette équation complexe que les acteurs du système éducatif, les autorités académiques, les maires et les spécialistes se sont penchés durant toute une journée de réflexion scientifique.

Un paradoxe académique insoutenable
Moussa Mané, président de la commission scientifique du MONEP départemental, ne cache pas son inquiétude. Depuis 2010, la baisse est drastique. « Nous avons de bons résultats au BFEM, mais la question se pose : pourquoi cela chute-t-il systématiquement au Bac ? », interroge-t-il.
Ce constat est partagé par Alphousseyni Gassama, inspecteur de l'éducation à la retraite et panéliste. Pour lui, les chiffres parlent d'eux-mêmes : avec un taux de réussite tournant souvent autour de 48 %, les investissements humains et financiers partent en fumée. « Sur 10 élèves, 6 échouent. C'est une catastrophe économique et humaine qu'on ne peut plus accepter », martèle-t-il, rappelant que la crise casamançaise ne peut plus être l'unique bouclier derrière lequel se cachent les responsabilités.

Sortir du théorique : L'appel à l'auto-responsabilité
Le forum n'a pas seulement servi à pointer du doigt l'État central. L'heure est à l'introspection. « Il faut commencer par nous-mêmes, les acteurs à la base », a lancé l'inspecteur Gassama. Qu’est-ce qui manque localement ? Quelles stratégies de proximité n'ont pas été activées ? Le débat a permis de dégager des pistes opérationnelles qui seront consignées dans un document scientifique remis aux autorités étatiques et territoriales.

L'urgence du rattrapage : 150 heures à restituer
L'autre front brûlant du forum a été celui de la survie de l'année scolaire en cours. Avec près de 150 heures de cours perdues à cause des grèves, l'inquiétude grandit. Si un protocole d'accord a été signé entre les syndicats et l'État, le sort des enfants reste en suspens.

« Le droit de grève n'est pas supérieur au droit à l'éducation », a rappelé avec fermeté Alphousseyni Gassama. Les enseignants sont désormais appelés à un sursaut patriotique pour mettre en place un dispositif spécial de rattrapage, en dehors des jours ouvrables, afin de restituer aux élèves le temps précieux qui leur a été volé.

À Ziguinchor, le message est clair : l'excellence ne doit plus s'arrêter aux portes du lycée. Pour que la Vision Sénégal 2050 devienne une réalité en Casamance, le redressement du niveau scolaire est une urgence de sécurité nationale.
Samedi 18 Avril 2026
Amady Khalilou Diémé

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