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DOSSIER – Dénomination des rues, places,… : STATUE QUO – Saint-Louis, Rufisque : Une décolonisation inachevée

DOSSIER – Dénomination des rues, places,… : STATUE QUO – Saint-Louis, Rufisque : Une décolonisation inachevée


DOSSIER – Dénomination des rues, places,… : STATUE QUO – Saint-Louis, Rufisque : Une décolonisation inachevée
Après la chute de plusieurs statues à l’effigie d’anciens esclavagistes et autres personnes reconnues pour avoir été des auteurs de plusieurs crimes et exactions contre les Peuples colonisés, le débat sur le maintien de celle de Faidherbe fait rage à Saint-Louis. Ce samedi, 4 activistes du mouvement «Faidherbe doit tomber», qui voulaient tenir un point de presse, ont été interpellés par la police avant d’être relâchés. Ce monument qui trône depuis 1886 sur la mythique place qui porte le nom du gouverneur de Saint-Louis du temps de l’époque coloniale passionne les citoyens et même des personnalités politiques. Au-delà de ce personnage qui rappelle le sombre passé colonial et ses exactions se pose globalement le problème de la rebaptisation de certaines rues dans la vieille ville dont les parrains sont aussi logés à la même enseigne que les esclavagistes.

Ce débat qui est relancé dans le sillage de l’assassinat de George Floyd, tué à Minneapolis par le genou et la barbarie d’un policier blanc, est une vieille revendication. Déjà en 1984, l’écrivain cinéaste Ousmane Sembene, connu pour son opposition au néocolonialisme, écrivait au Président Léopold Sédar Senghor pour demander l’enlèvement de la statue du gouverneur Faidherbe qui est un contre-exemple, un tortionnaire des Noirs qui s’est illustré pendant la période coloniale par les nombreuses exactions qu’il exerçait sur ses administrés. Un homme qui ne méritait pas les honneurs pour l’écrivain dont la demande n’aura finalement pas de suite favorable. Plus tard d’autres Sénégalais, notamment des blogueurs, ont pris le relai pour, à leur tour, dénoncer les hommages rendus à certaines personnalités qui ont été présentées comme des héros ou des fonctionnaires modèles pour avoir bien servi l’Administration coloniale contre les autochtones. Là aussi, Faidherbe est au premier rang. Certains activistes dénoncent avec la dernière énergie un petit bout de phrase inscrit au bas de sa statue où on peut lire : «A Faidherbe, le Sénégal reconnaissant». Une phrase choquante si l’on sait que Faidherbe, comme évoqué par ailleurs, fut l’un des chefs militaires les plus sanguinaires de l’époque coloniale. Une manière ubuesque de rendre hommage à un tortionnaire.
En septembre 2017, un violent orage avait arraché le monument de son socle. Cela avait relancé les activistes et blogueurs, et des personnalités qui avaient milité pour son remplacement par la figure d’un chef religieux. Mais ces idées ne feront pas long feu, car le maire de Saint-Louis, Amadou Mansour Faye, avait clairement annoncé que la statue sera remise à sa place. Chose qui fut faite.

Aujourd’hui, il est rattrapé par ce combat mené par le collectif «Faidherbe doit tomber». En plus, la rebaptisation de la Place Faidherbe a toujours été réclamée par des Saint-Louisiens, qui veulent donner à cette mythique place le nom d’une personnalité sénégalaise, comme Golbert Diagne ou Serigne Touba. Jusque-là, les autorités municipales et étatiques sont restées sourdes à ces demandes récurrentes. Le pont Faidherbe, reconstruit grâce à l’aide de la France, est aussi au cœur de la polémique.

En attendant la disparition de ces symboles du colonialisme, les différents maires, surtout Ous­mane Masseck Ndiaye, avaient entamé une «décolonisation» de certaines rues et avenues, qui portaient les noms de colons. Ils avaient entamé leur «sénégalisation» même si le processus n’est pas allé jusqu’à son terme. Au quartier Nord, la rue André Le Bon est devenue Khalifa Ababacar Sy, Brière de l’Isle a été dénommée Marie Parsine. Au quartier Sud, Carnot s’appelle désormais Ibrahima Sarr, Blaise Dumon a été renommée Serigne Mansour Cissé et Me Babacar Sèye a remplacé Neuville. Ces deux quartiers sont de l’île des Saint-Louis, classée patrimoine de l’Unesco. Le quai Henry Jay, du nom du quai du grand bras du fleuve longeant les deux quartiers de l’île, n’a pas changé de nom. Alors que le lycée Faidherbe est devenu Cheikhou Oumar Foutiyou Tall, le lycée Blanchot Ameth Fall. Le lycée Charles de Gaulle n’a pas changé.
Candidat à la mairie de Saint-Louis, Mary Teuw Niane s’engage à parachever le processus s’il est évidemment élu maire de la vieille ville. A travers une déclaration intitulée «Saint-Louis, choix des noms des rues, des places publiques et des infrastructures qui relèvent de la mairie de Saint-Louis», il dit : «Si je suis élu maire de Saint-Louis, un élément de mon programme est le choix des noms de manière inclusive et participative par la population de la commune. En particulier, la Place Faidherbe et le pont Faidherbe seront renommés. En ce qui concerne la statue de Faidherbe, elle sera enlevée et remise au Crds (ex-Ifan).»

Evidemment, ce changement de statues ou de noms ne va pas changer le cours de l’histoire écrit par Faidherbe qui a massacré plusieurs milliers de Sénégalais. Chez lui en France, ses cruautés ont été exhumées devant le monument à son honneur construit à Lille. L’imam ratib de la grande mosquée de Saint-Louis, Cheikh Tidiane Diallo, a d’ailleurs pris une position radicale dans son sermon de vendredi dernier pour demander la sénégalisation intégrale de ces rues et avenues. Il dit : «Faidherbe peut être fêté et célébré dans son pays. Mais chez nous, le devoir de nos dirigeants est de valoriser les fils du pays, de les mettre en exergue en rebaptisant les rues et édifices importants en leurs noms de sorte que ceux qui fréquentent ces endroits ressentent une certaine fierté quand ils y passent.»
Lundi 22 Juin 2020
La Rédaction / Samboudiang Sakho