Ce mouvement d'humeur à l'UAM n'est que la face visible d'une colère beaucoup plus globale. Partout dans le pays, les universités et les centres des œuvres universitaires (COUD, CROUS) ont observé un débrayage synchronisé de 24 heures. Le mot d’ordre est unique, jugé « clair » et « non négociable » par les manifestants : la généralisation de l’indemnité de logement à l’ensemble des PATS.
Un « dilatoire injustifiable » de l'État
Pour les leaders syndicaux, la coupe est pleine. Malgré des mois de concertations, les promesses étatiques tardent à se matérialiser, une situation qualifiée de « dilatoire injustifiable ». Devant une assemblée unie, Abdoul Baldé, membre de la fédération, a salué le caractère historique de cette mobilisation intersyndicale.
« Tous les syndicats du milieu universitaire ont décidé de faire bloc. Le combat ne fait que commencer », a averti M. Baldé, rappelant que l’unité retrouvée des travailleurs sera le principal bélier pour enfoncer les portes du ministère.
Au cœur du conflit se trouve le décret de janvier 2026, censé octroyer une indemnité de logement à tous les agents de l'État. Six mois plus tard, les PATS se considèrent toujours comme les grands oubliés de cette réforme. Pourtant, les devoirs ont été faits du côté des travailleurs.
« Du 6 au 8 avril dernier, un atelier technique à Saly avait minutieusement chiffré et balisé le cadre juridique de cette mesure », rappelle M. Baldé. Depuis, le rapport dort sur la table du ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation. Pour le syndicat, les récents remaniements ou changements institutionnels ne peuvent servir d’excuse : « L’État est une continuité », a martelé le leader syndical, exigeant un calendrier d'exécution précis.
Une « injustice » interne dénoncée sur les campus
Les syndicalistes rejettent également tout argument juridique pouvant légitimer leur exclusion du dispositif. Invitée à prendre la parole, Yacine Fall, représentante de la section CROUS-Diamniadio, a mis le doigt sur les fractures internes que ce statu quo génère au sein des campus. Elle a notamment rappelé qu'un décret antérieur, daté du 3 août 2023, accorde déjà cette fameuse indemnité à certaines fonctions supérieures (directeurs, chefs de département, conseillers techniques).
« On ne peut pas instaurer une telle différence de traitement au sein d’une même famille professionnelle. C’est une injustice qui risque de créer des divisions », s'est-elle indignée, rappelant que les PATS sont des agents de l'État à part entière et méritent une stricte égalité de traitement.
Un cahier de doléances bien plus large
Si la question du logement cristallise les tensions en cette période de forte inflation, le SATUC et la fédération rappellent que le malaise est plus profond et englobe de nombreuses autres revendications laissées en suspens :
Ressources humaines : La création immédiate de postes budgétaires pour de nouveaux recrutements afin de soulager des équipes actuellement sous pression.
Fin de carrière : Le relèvement de l'âge de départ à la retraite et une revalorisation significative des pensions.
Harmonisation des textes : L'application stricte des accords du secteur de la santé aux structures universitaires concernées, ainsi qu'une révision globale des textes régissant la gouvernance des universités.
Cas spécifiques : L'application immédiate de la convention collective de la presse à l'université Iba Der Thiam de Thiès.
Bien que les syndicalistes affirment rester ouverts aux négociations, ils préviennent que leur patience a des limites. Un ultime avertissement a été lancé aux autorités : à défaut de réponses palpables dans les tout prochains jours, le mouvement passera irrémédiablement à la « vitesse supérieure », menaçant de paralyser durablement le fonctionnement des universités sénégalaises.