Crise à l'Université Numérique du Sénégal : Le cri de détresse de la « Promotion 13 » et le spectre d'une jeunesse sacrifiée

ZIGUINCHOR – Rien ne va plus pour les étudiants de l'Université Numérique du Sénégal (UNS, ex-UVS). Face à la presse, le mouvement Vision Citoyenne et les représentants des étudiants de l'Espace Numérique Ouvert (ENO) de Ziguinchor sont montés au créneau. En cause : un retard de onze mois dans la dotation des outils de travail essentiels et des infrastructures pédagogiques à l'abandon. Récit d’un malaise profond.


Le paradoxe du numérique sans ordinateurs
Pour les étudiants de l’Université Numérique du Sénégal, le slogan « Faut-il y avoir, il faut y avoir » résonne aujourd'hui comme une cruelle ironie. Deuxième institution universitaire du pays en termes d'effectifs juste derrière l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), l'UNS traverse une crise logistique majeure. Les bacheliers de la « Promotion 13 », orientés dans cette structure depuis juillet 2025, attendent toujours leurs outils de travail.
« Comment peut-on comprendre que des étudiants de l'université numérique soient restés près de 11 mois sans faire cours, faute d'outils de travail ? », s’indigne Mariama Djité Faty, étudiante en 3ème année de licence AES et présidente de l'ENO de Ziguinchor.
Bien que des rumeurs récentes fassent état d'un début de paiement progressif de la subvention de 250 000 FCFA destinée à l'achat des ordinateurs, le mal est déjà fait. Une année blanche académique frôlée et des promesses non tenues depuis le mois d'avril ont fini d'installer la frustration.
 
Un sentiment d'iniquité et de « vies sacrifiées »
Pour Madia Diop Sané, coordonnateur national du mouvement Vision Citoyenne, cette situation met en lumière une fracture sociale inacceptable au sein du système universitaire public sénégalais.
« C'est comme si nous avions deux types d'étudiants au Sénégal », dénonce le militant, comparant le traitement des inscrits de l'UNS à ceux des universités physiques comme Assane Seck de Ziguinchor, Gaston Berger de Saint-Louis ou l'Université de Bambey. Selon lui, l’étudiant du virtuel a paradoxalement besoin de plus d'accompagnement (connexion haut débit, machines performantes, environnement adapté), des prérequis pourtant totalement absents pour cette promotion.
M. Sané pointe également du doigt les priorités budgétaires de l’État : « Comment peut-on comprendre qu'un pays dans lequel les autorités se permettent de payer des véhicules 4x4 à 87 millions l'unité ne puisse pas prendre en charge l'avenir de sa jeunesse ? » Face à ce constat, il invite le nouveau gouvernement, incarné par le Président Bassirou Diomaye Faye et son ministre de l'Enseignement supérieur, M. Camara, à agir immédiatement, rappelant que « l'État est une continuité ».
 
L'ENO de Ziguinchor : Le calvaire des infrastructures provisoires
Au-delà du manque de matériel informatique, la question des infrastructures physiques de l'Espace Numérique Ouvert (ENO) de Ziguinchor exaspère les apprenants. Logés dans des bâtiments en location et à l'étroit, les étudiants décrivent des conditions d'apprentissage précaires. Les périodes d'examens bloquent tout accès aux locaux, empêchant les autres étudiants de venir réviser ou de se connecter.
Pourtant, un bâtiment définitif est en chantier... depuis 13 ans. Promis pour une livraison finale en octobre 2025, les clés restent bloquées au niveau du ministère de tutelle. L'urgence est d'autant plus grande que l'hivernage approche à grands pas. Les étudiants craignent que les pluies de juin à octobre ne dégradent les travaux déjà effectués sur le nouveau site, repoussant encore une fois le déménagement.
 
Un appel à la responsabilité des étudiants
Dans ce combat pour le respect de leurs droits, Madia Diop Sané a tenu à lancer un appel direct et fraternel à ses « jeunes frères et neveux ». Si l'argent des machines est effectivement versé, il exhorte les étudiants à l’utiliser à bon escient :
« Cet argent doit servir à acheter une machine performante avec garantie, non à acheter un autre téléphone portable. Quand on se parle, on doit se dire la vérité. »
L'Université Numérique du Sénégal ne doit plus être le parent pauvre de l'enseignement supérieur, ni cette « université de vie sacrifiée » redoutée par certains citoyens. Le message envoyé au Palais de la République et au ministère de l'Enseignement supérieur est clair : il faut rectifier le tir, et vite.
 
Vendredi 12 Juin 2026
Amady Khalilou Diémé

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