Casamance : Le cri du cœur des acteurs communautaires de la santé à Kataba 2

Réunis à Kataba à l'occasion de Journées nationales inédites, les acteurs de la santé communautaire et les populations locales ont fermement interpellé l'État. Entre l'enclavement géographique de Kataba 2 et les dysfonctionnements institutionnels, le plaidoyer est clair : la Couverture Sanitaire Universelle (CSU) ne pourra pas se faire sans une réelle valorisation de la base.


Le village de Kataba 2, niché dans la commune de Kataba (département de Bignona, région de Ziguinchor), a vibré pendant 72 heures au rythme de la santé communautaire. Pour sa quatrième édition, le réseau régional a vu les choses en grand en s'associant à l'Union Nationale des Métiers de Santé Communautaire du Sénégal, propulsant cet événement local à une dimension nationale.
Pourtant, derrière la fierté d'avoir réuni plus de 700 participants durant trois jours, l'ambiance était aux revendications face à un État jugé trop souvent "aux abonnés absents".
 
Kataba 2 : une communauté exemplaire mais à bout de souffle
Si l'événement s'est tenu à Kataba 2, ce n'est pas un hasard. Ce village incarne l'essence même et les limites du système de santé communautaire au Sénégal. Fatiguées d'attendre l'aide publique, les populations locales ont pris leur destin en main.
« Nous avions développé nos propres moyens pour construire le bâtiment. Très bien équipé, financé à hauteur de 15 millions de francs CFA tirés de nos propres poches. Nous avons construit un logement et engagé 16 femmes, payées par la population », explique avec fierté Cheikh Diédhiou, Président de la jeunesse de Kataba.
Malgré cet investissement citoyen exemplaire, la structure actuelle reste une simple "case de santé", une catégorie largement insuffisante face à l'explosion démographique de la localité. Le taux de fréquentation explose, et la prise en charge des urgences relève du parcours du combattant.
 
Mortalité maternelle, tuberculose et routes impraticables
Le véritable nœud du problème réside dans l'accès aux soins. Situé sur la RN5, le village souffre cruellement de son enclavement et de l'état dégradé de ses pistes. Pour évacuer un malade vers Bignona, il faut parfois compter plusieurs heures de calvaire sur une route jugée « complètement douteuse ».
Ce déficit d'infrastructures frappe de plein fouet les couches les plus vulnérables. La mortalité maternelle et infantile y demeure un sujet de préoccupation alarmant. De plus, la proximité géographique avec la Gambie favorise une forte charge de tuberculose, complexifiée par les mouvements transfrontaliers de patients difficiles à suivre pour les équipes locales.
Face à ce constat, le cri du cœur de Cheikh Diédhiou est unanime : l'érection de la case de santé de Katabade en un véritable Poste de santé, doté d'au moins une sage-femme d'État qualifiée affectée par le gouvernement.
 
« Pas de Couverture Sanitaire Universelle sans les acteurs communautaires »
Pour André Demba Wade, président de l’Union Nationale des Métiers de Santé Communautaire du Sénégal, le rôle de la base est l'ADN même du système de soin national. « C'est nous qui accédons aux zones les plus reculées. Là où le prestataire ne peut pas aller, c'est l'acteur communautaire qui arrive. Que ce soit sous la pluie ou sous la neige, nous sommes présents », rappelle-t-il fermement.
M. Wade a déploré la chute drastique du taux de couverture maladie au Sénégal, autrefois hissé à 53,2 %, une baisse qu'il attribue directement au délaissement du partenariat entre l'État et les mutuelles de santé. Pour l'Union nationale, il est urgent que le nouveau gouvernement, sous la houlette du président Bassirou Diomaye Faye et de son Premier ministre Ousmane Sonko, replace les mutuelles et les agents communautaires au centre de la stratégie nationale contre le risque financier lié à la maladie.
 
Coups de gueule : Manque de poches de sang et absence des autorités
Le bilan de ces 72 heures, bien que jugé "très satisfaisant" sur le plan de la mobilisation populaire, a été assombri par deux incidents majeurs vigoureusement dénoncés par Boubacar Diassy, président régional des acteurs communautaires de Ziguinchor.
D'une part, une opération de don de sang s'est soldée par un sentiment de gâchis. Alors que les organisateurs avaient mobilisé entre 200 et 300 donneurs volontaires prêts à renflouer les banques de sang des hôpitaux, les services médicaux, par manque de préparation, n'ont pu collecter que 60 à 70 poches. « C'est la deuxième fois que cela se produit, après Thionck-Essyl. Demain, ce sont nos populations qui vont en souffrir dans les hôpitaux », s'est indigné M. Diassy.
D'autre part, l'absence totale des autorités administratives locales a été ressentie comme un profond manque de respect. Ni gouverneur, ni préfet, ni sous-préfet n'ont fait le déplacement, alors que la manifestation avait reçu toutes les autorisations officielles. « Où est l'État ? C'est une question que je lance. C'est désolant », a martelé le président régional.
 
Cap sur le district de Bignona pour la 5ème édition
Loin de se laisser décourager par ce manque d'accompagnement institutionnel, les acteurs communautaires affichent une résilience à toute épreuve. Forts de cette transition réussie vers un événement à caractère national, ils entendent démultiplier l'expérience de Ziguinchor à travers tout le pays.
La cinquième édition est déjà actée et se tiendra dans le district de Bignona. Le message envoyé au sommet de l'État reste inchangé : les communautés se prennent en charge, c'est désormais à l'État de venir à leur rencontre et de remplir sa mission.
Mercredi 20 Mai 2026
Amady Khalilou Diémé

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