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Campagne « Zéro grossesse à l’école » : Mobilisation générale à Ziguinchor pour briser les tabous et sauver l’avenir des filles

ZIGUINCHOR – Face à une situation jugée « extrêmement préoccupante », le ministère de l’Éducation nationale a officiellement lancé sa campagne nationale d'information et de sensibilisation au lycée Oumar Lamine Badji de Ziguinchor. L'objectif est clair : endiguer le fléau des grossesses en milieu scolaire qui plombe l'avenir des jeunes filles et les résultats de l'académie.


Le constat est alarmant. Lors du dernier recensement annuel continu mené par le Groupe pour l’étude et l’enseignement de la population (GEEP), l’académie de Ziguinchor s'est hissée en tête de peloton national avec un triste record : 222 cas de grossesse enregistrés au cours de l'année 2025. Un chiffre officiel qui, de l’aveu même des autorités, reste en deçà de la réalité en raison de dysfonctionnements persistants dans la remontée des données.

C’est ce qui explique le déplacement massif des autorités éducatives dans la capitale de la Casamance pour y lancer la campagne nationale baptisée « Zéro grossesse à l’école ».

 

Un obstacle majeur à l’éducation et à la santé

Pour Mme Seck Aminata, chargée du programme de promotion de la santé et du bien-être des adolescents au sein de la Division du contrôle médical scolaire, la grossesse en cours de scolarité brise des trajectoires de vie.

« Une grossesse constitue un obstacle majeur pour le droit à l’éducation, pour l’épanouissement des filles, mais également pour leur avenir. L’avenir, c’est maintenant qu’on le construit », a-t-elle martelé à l’endroit des élèves, les appelant à faire preuve de responsabilité et à oser « dire non ».

Bien que le ministère de l'Éducation nationale ait courageusement réformé les textes pour interdire l'exclusion automatique des filles enceintes — permettant ainsi leur maintien à l’école —, la réalité du terrain reste biologique et médicale. L’inspecteur d’académie de Ziguinchor, Youssouf Diata, rappelle avec pragmatisme : « Le texte peut vous autoriser à continuer votre scolarité, mais le corps peut vous en empêcher. Physiquement, il est difficile de supporter une grossesse et d'aller en classe en même temps. » Le système éducatif continue ainsi de perdre un nombre important de jeunes filles après l'accouchement.

 

Changer de paradigme : briser le « Maslaha » et lever les tabous

Pour faire face à ce qu'il qualifie de « drame », l’inspecteur Youssouf Diata prône une rupture totale avec les non-dits traditionnels. Il appelle à l'abandon du Maslaha — cette propension sociale à fermer les yeux ou à ne pas nommer les choses, particulièrement au sein des familles.

« Il faudrait que les choses bougent et que nous nommions les choses de façon appropriée. Dès lors qu’on les nomme, forcément, il y a une meilleure prise en charge », insiste l'inspecteur. Il appelle les parents, les enseignants et l’administration à instaurer un dialogue direct, sans tabou, avec les adolescents, que ce soit à la maison, dans la rue ou sur le chemin de l'école.

 

Un impact direct sur les performances de l'académie

Au-delà du drame humain et sanitaire, cette crise a un impact direct sur le niveau académique de la région. L’inspection d’académie de Ziguinchor souffre en effet d’un déficit de performance chronique aux examens nationaux.

« Quand il y a une grossesse, ça plombe les performances de l'élève, et par extension, celles de l'académie », regrette M. Diata. Ziguinchor se positionnant actuellement parmi les inspections les moins performantes du pays au baccalauréat, l'inversion de cette tendance passera impérativement par la protection des filles contre ce fléau.

 

Vers une intégration dans les programmes scolaires

L'heure n'est plus au simple constat. Profitant du contexte actuel de réforme et de refonte des programmes scolaires, le ministère de l'Éducation nationale mène une réflexion profonde pour introduire durablement les questions de santé de la reproduction au cœur des curriculums. « Si l'école ne le fait pas, d'autres le feront à notre place », prévient Mme Seck Aminata, estimant que l'école doit jouer un rôle d'avant-garde.

Cette synergie d’action, soutenue activement par des partenaires techniques et financiers comme l'ONG Marie Stopes International (MSI), rappelle que la lutte ne pourra pas être menée par l'école seule. Familles, communautés, éducateurs et élèves sont désormais placés devant leurs responsabilités pour faire de l'espace scolaire un environnement protecteur et propice à la réussite de tous.

Samedi 6 Juin 2026
Amady Khalilou Diémé