Réunis à Paris, les conseils de la Fédération Sénégalaise de Football (FSF) ont brisé le silence. Entre accusations de corruption, vices de procédure et saisine du TAS, le football africain s’apprête à vivre l’un de ses épisodes judiciaires les plus électriques.
Le ton est monté d'un cran, et les mots choisis ne laissent place à aucune ambiguïté. Ce qui n’était au départ qu’un différend sportif s’est transformé, ce jeudi, en une véritable guérilla juridique internationale. Face à la presse internationale dans la capitale française, l’état-major du football sénégalais a déballé son artillerie lourde contre la Confédération Africaine de Football (CAF) et la partie marocaine.
Un « braquage » en visioconférence
Le président de la FSF, Abdoulaye Fall, a d'emblée posé un diagnostic cinglant : le Sénégal estime être victime d’un « braquage administratif ». Pour Dakar, la décision de la CAF ne se contente pas de modifier un résultat ; elle dénature l’essence même de la justice sportive au profit de manœuvres de coulisses.
Me Seydou Diagne, fer de lance de la défense sénégalaise, a fustigé les conditions « irrationnelles » de l’audience en appel. Selon l'avocat, la procédure se serait résumée à une visioconférence expéditive, dépourvue de véritable débat contradictoire et close sans formalisme juridique. Une légèreté procédurale qui, selon la défense, rend la décision de la CAF non seulement fragile, mais juridiquement caduque.
Le trophée reste à Dakar (pour l’instant)
Dans ce chaos réglementaire, un détail stratégique émerge : si le Maroc a obtenu une victoire sur tapis vert, le Jury d’appel de la CAF a rejeté deux demandes majeures du royaume chérifien. Le retrait officiel du titre au Sénégal et la restitution des récompenses n'ont pas été actés.
À ce jour, le trophée et les médailles dorment toujours à Dakar, et aucune injonction officielle ne demande leur retour. « Nous n'avons même pas reçu la décision motivée neuf jours après le verdict », s’indigne la défense, pointant une opacité flagrante des instances de la CAF.
L’escalade : Plainte pour corruption et arbitrage du TAS
Le conflit s'apprête désormais à sortir des stades pour entrer dans les tribunaux pénaux. La FSF a annoncé son intention de déposer une plainte pour corruption visant plusieurs individus, espérant déclencher une enquête internationale de grande ampleur.
Le dernier espoir de paix repose désormais sur le Tribunal Arbitral du Sport (TAS). Si une procédure classique dure généralement entre neuf et douze mois, les avocats sénégalais, dont Me Serge Vittoz, n’excluent pas de solliciter une procédure accélérée. En cas d’accord entre toutes les parties, un verdict final pourrait tomber sous deux mois.
Le Sénégal ne joue plus seulement pour un titre, mais pour sa « souveraineté sportive ». Une chose est certaine : le match qui se joue à Lausanne et dans les cabinets d'avocats sera bien plus tendu que celui du rectangle vert.