« Abus de confiance » et « fausses adresses » : Le coup de gueule des étudiants de l’UASZ contre Kopar Express

Plus de vingt jours après le décès tragique en France de leur camarade Serigne Ba, les étudiants de l'Université Assane Seck de Ziguinchor (UASZ) et le mouvement Vision Citoyenne haussent le ton. Ils accusent la plateforme de collecte de fonds en ligne Kopar Express de retenir illégalement près de 2 millions de francs CFA destinés aux funérailles et au remboursement des frais de rapatriement du corps.


L'indignation est à son comble au sein de la communauté étudiante de Ziguinchor. Réunis autour de l’Amicale de physique-chimie et rejoints par les anciens étudiants, ils ont publiquement pris la parole pour dénoncer ce qu'ils qualifient de « tentative de détournement de fonds, d'abus de confiance et d'escroquerie » de la part des responsables de la plateforme Kopar Express.
 
L'urgence d'un rapatriement, le piège de l'attente
Tout commence le 11 juin dernier, lorsque Serigne Ba, un jeune étudiant sénégalais originaire de Fos-Sérigneba, décède à Lille, en France. Face au coût élevé du rapatriement de la dépouille, ses camarades se mobilisent immédiatement. Ndiouga Diouf, étudiant en première année de thèse en géographie à l’UASZ, explique : « Notre choix s'est porté sur Kopar Express parce que c'était, à nos yeux, la plateforme la plus pertinente et la plus transparente pour suivre l'évolution des dons. »
En l'espace de trois jours seulement, la solidarité nationale et la diaspora portent leurs fruits : la cagnotte frôle son objectif de 2 millions de francs CFA, atteignant 1 950 000 FCFA.
Cependant, face à l'urgence absolue de la situation et ne pouvant attendre les délais de disponibilité des fonds sur la plateforme, les étudiants décident de contracter une dette importante auprès d'une bonne volonté pour engager immédiatement les démarches administratives. Grâce à cet emprunt, le corps de Serigne Ba a pu être rapatrié au Sénégal et inhumé.
 
Des adresses erronées et un « jeu de piste » suspect à Dakar
Les complications ont débuté le 14 juin, lorsque les étudiants ont saisi la plateforme pour bloquer la cagnotte et demander le reversement des fonds afin de rembourser leur créancier et soutenir la famille endeuillée. Malgré les promesses initiales de Kopar Express de traiter ce cas de force majeure en priorité, la situation s'est enlisée.
Pire encore, les étudiants dénoncent un véritable manque de considération et des informations mensongères de la part des agents de la plateforme. Envoyés à Dakar pour récupérer les fonds, les représentants des étudiants se sont vu communiquer une première adresse à la Cité Foire (Lot 181). Sur place, le chef de quartier leur confirmera que ce lot n'a jamais existé. Menés en bateau, une seconde adresse leur est fournie près de la Fédération Sénégalaise de Football. Une fois sur les lieux, les responsables sont restés injoignables pendant des heures avant de refuser catégoriquement de prendre leurs appels.
 
Un appel pressant aux autorités et une plainte en vue
« Cela fait plus de 20 jours que nous courons après cet argent. Aujourd'hui, celui qui nous a prêté les fonds nous met la pression pour être remboursé », s'alarme Ndiouga Diouf.
Présent aux côtés des étudiants en guise de solidarité, Madia Diop Sané, coordinateur national du mouvement Vision Citoyenne, n'a pas mâché ses mots : « Nous demandons à l’État du Sénégal de veiller sur ces plateformes qui se disent solidaires mais qui posent d'énormes problèmes quand il s'agit de restituer l'argent. Qu'est-ce qu'ils font de ces fonds ? Pourquoi ces retards injustifiés ? »
Face à ce mur du silence, le mouvement Vision Citoyenne a fermement conseillé aux étudiants de déposer une plainte officielle auprès du Procureur de la République dans les plus brefs délais afin de faire toute la lumière sur cette affaire. Un appel solennel a également été lancé au Président de la République, au ministre de l'Intérieur ainsi qu'au ministre de la Justice pour que la mémoire de Serigne Ba ne soit pas souillée par des considérations mercantiles et que justice soit rendue à sa famille.
Dimanche 5 Juillet 2026
Amady Khalilou Diémé

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